Bernard Buffet > Rétrospective au MAMVPBernard Buffet dans son atelier. Années 50. DR

Bernard Buffet > Rétrospective au MAMVP

Musée d’Art moderne de la Ville de Paris - Jusqu’au 26 février 2017

Le Musée d’Art moderne de la Ville de Paris organise une rétrospective de l’œuvre de Bernard Buffet (1928 – 1999), considéré comme l’un des peintres français les plus célèbres du 20ème siècle, mais également l’un des plus discutés. À travers une sélection d’une centaine de peintures, l’exposition propose une relecture d’une œuvre qui a été en réalité peu montrée. Le parcours, organisé selon une présentation chronologique, s’ouvre sur les débuts de Bernard Buffet, au moment où ses œuvres renouvellent le sens de tout un répertoire de formes et d’objets. Le contexte artistique de l’après-guerre, moment de débats autour de la question du réalisme, de la figuration et de l’abstraction, est évoqué. Il s’agit de révéler le peintre comme un artiste paradoxal, qui se réfère à la peinture d’histoire à une époque de la disparition du sujet, qui allie peinture austère et aisance financière, grand succès public et rejet d’un certain monde de l’art.

  • L’atelier, 1947. Huile sur toile (149 x 200 cm)

BERNARD BUFFET : LES DEBUTS 

Dans l’effervescence artistique de l’après-guerre, beaucoup d’artistes choisissent de repartir à zéro en se tournant vers l’abstraction. D’autres, adolescents sous l’Occupation, heureux d’être vivants et libres, décident de délivrer un message humaniste, d’exprimer une réalité profonde et de témoigner de leur quotidien.

Soutenus par des galeries et des critiques, ces peintres se regroupent, exposent au Salon des moins de trente ans, au Manifeste de l’Homme témoin, au Salon de la Jeune Peinture. Étudiant à l’École des beaux-arts, Bernard Buffet se forme au Louvre qui rouvre progressivement. Il peint ses premières natures mortes dans la tradition de Gustave Courbet et de Jean Siméon Chardin ses paysages évoquent Maurice Utrillo ou Alphonse Quizet. S’il participe un temps au mouvement de la Jeune Peinture qui réunit les tendances réalistes, il réalise des toiles au graphisme anguleux, sans ombre ni profondeur, et se distingue par son style d’une somptueuse pauvreté. Les tonalités sourdes – en raison d’une pénurie de couleurs – s’accordent aux thématiques : natures mortes dépouillées, crucifixions, paysages déserts, figures solitaires. Ses toiles sont remarquées par les critiques et les collectionneurs et, à 19 ans, il remporte le prix de la Critique. Aux yeux du public, la réussite fait de Buffet le successeur de Pablo Picasso. Après l’admiration suscitée par le triptyque Horreur de la guerre, une enquête menée en février 1955 par la revue Connaissance des arts le place en tête des dix meilleurs peintres révélés depuis la Libération.


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Vue générale de l’exposition Bernard Buffet au MAMVP.

PARCOURS DE L’EXPOSITION / Principales séries

Section I : L’invention d’un style : 1945 – 1955 / Une gloire fulgurante 

Vacances en Vaucluse, 1950. Huile sur toile (134 x 215 cm)

Vacances en Vaucluse, 1950. Huile sur toile (134 x 215 cm)

Voyage autour de ma chambre

Bernard Buffet peint partout : dans la chambre de l’appartement de ses parents aux Batignolles, dans la maison de sa grand-mère au Quesnoy. Il utilise des morceaux de drap, des toiles à matelas, des tabliers cousus ensemble ; il peint sur les toiles clouées au mur. Les châssis sont fabriqués avec des chutes de bois rapportées de la miroiterie dirigée par son père.

Á ses débuts, la rareté des couleurs disponibles commande la tonalité générale de ces peintures (gris, ocre) et la finesse de la couche picturale. Il prend ses proches comme sujets, se peint beaucoup lui-même et fait l’inventaire des objets familiers : paniers à bouteilles, dessous de plats, lampes à pétroles et moulins à café. Les animaux qu’il peint – lapin, raie, achetés au marché – s’inscrivent dans une tradition picturale, de Chardin à Courbet… Avec Deux hommes dans une chambre, Bernard Buffet remporte à 19 ans le prix de la Critique organisé par la galerie Saint-Placide. Les personnages qui habitent les toiles de Bernard Buffet se montrent détachés de ce qui les entoure et ne sollicitent en rien le spectateur. Les sujets des premières œuvres de Buffet sont indistinctement des nus masculins et féminins, dans des postures souvent triviales. C’est le cas de Vacances en Vaucluse, un tableau qui fit scandale et dut être retiré de la vitrine de la galerie Charpentier lors du Salon des Tuileries en 1950.

Portraits

Les portraits de Bernard Buffet sont des stéréotypes ou, comme l’écrit Jean Cocteau, des Unitypes. Un grand nombre de ses premiers portraits sont réalisés sur des toiles en hauteur avec une palette réduite à des gris clairs.

Dans un décor très simplifié, les personnages longilignes et très graphiques, sont déclinés en quelques attitudes: sur un tabouret ou assis, de trois-quarts, les mains et les jambes croisées. Parfois, contredisant la planéité de la représentation, une ligne droite figure l’angle d’un mur, et un carrelage apporte une illusion de perspective albertienne. Seuls les visages savent s’écarter du stéréotype pour devenir ressemblants, dessinés plus que peints, en une physionomie simplifiée, aussi elliptique que les traits d’une caricature ou d’une bande dessinée.

Autoportraits

La mémoire visuelle de Bernard Buffet est impressionnante. Aussi les références sont-elles nombreuses dans une œuvre qui dénote une culture artistique savante, essentielle selon lui pour être peintre.

Soumettant implacablement les genres classiques à son style, il les explore avec méthode. Ce caractère systématique de l’art de Buffet se révèle d’une manière frappante dans ses autoportraits qui innervent toute son œuvre, en suivant des typologies précises. Il se représente tel qu’il se voit plus que tel qu’il est, et ses traits se retrouvent d’une toile à l’autre : le visage émacié souvent animé d’un rictus exprimant un cri silencieux, le nez aigu, le regard sans pupille. Il se montre en buveur, en rapin dans son atelier, nu ou vêtu d’un col roulé, d’une chemise, d’un maillot.

Horreur de la guerre

Bernard Buffet peint ce triptyque et les 26 aquarelles qui l’accompagnent en 1954 ; il n’a que 26 ans. Par leur démesure et leur thème ambitieux, ces toiles révèlent l’aspiration du peintre à marquer son époque, comme a pu le faire Picasso avec Guernica (1937).

Buffet se nourrit des grands exemples de l’histoire de l’art pour réaliser ses compositions : Les Grandes Misères de la guerre de Jacques Callot (1633), Les Désastres de la guerre de Francisco de Goya (1810-20) ou encore La Guerre du Douanier Rousseau (1894). En « peintre témoin de son temps », il rend compte des atrocités de la seconde guerre mondiale, mais pas uniquement. Ses nus décharnés n’évoquent aucune époque, donnent une portée universelle à son discours. Subsistent pourtant en arrière-plan les paysages de Haute-Provence environnant l’atelier de Buffet qui, au contact de Jean Giono, affirme pour la première fois son antimilitarisme.

Crucifixion

En 1946, Bernard Buffet réalise un Christ en croix, d’une grande expressivité rappelant celui de Grünewald, et une Crucifixion à plusieurs personnages dont il actualise le thème.

Le Christ est entouré de figures dont la douleur retenue fait écho au quotidien de l’après-guerre, avec des enfants en culottes courtes et béret, une femme au foulard portant un panier à bouteilles et des objets d’une grande simplicité (escabeau d’atelier, échelle, cuvette; brocs, pinces). Cette œuvre peinte après la mort de sa mère, renvoie aussi à sa souffrance personnelle. Buffet a mis en place son vocabulaire fondé sur une mise en tension d’éléments contradictoires : simplicité d’exécution comme dans la peinture romane et exaspération des formes, les gestes saisis dans une phase statique exploitant la valeur tragique de l’immobilité, expression d’angoisse et de douleur dans des visages stéréotypés. 

Cirque

Pour réaliser son exposition de 1956 à la galerie Drouant-David sur le thème du cirque, Buffet choisit soigneusement des moments ou des personnages emblématiques du spectacle: trapézistes, jongleurs, clowns, acrobates, écuyères et animaux, dont il fait une description raisonnée.

Faisant appel à sa culture picturale, il s’appuie sur l’imagerie traditionnelle du cirque (Toulouse-Lautrec, Degas, Seurat Rouault), pour livrer une métaphore de l’artiste. Les figures de ce cirque sont arrêtées dans leur mouvement. Accusé de décrire un monde glacé exhalant une tristesse profonde, des visages fermés et des chairs blafardes, Bernard Buffet déroute le public. Pourtant dans les année 1960, les reproductions de la Tête de clown connaissent un immense succès et sont diffusées dans le monde entier.

 

Section II : La fureur de peindre : 1945 – 1955 / Le tournant 

Naissance du jour, 1959. Huile sur toile (230 x 530 cm)

Naissance du jour, 1959. Huile sur toile (230 x 530 cm)

Paysages de Paris

Dans les années 1940, Bernard Buffet parcourt la ville de musées en galeries ou, sans but, à l’affût de détails. L’exposition des paysages parisiens de 1957 fut une concrétisation de ces déambulations et de ses souvenirs lorsque, enfant, il se promenait avec sa mère.

Ces œuvres déshumanisées, d’une géométrie exacte et aux perspectives rectilignes, décrivent les monuments d’un trait noir dans une dominante de gris. Elles ont marqué les écrivains de l’entourage de Bernard Buffet. Cocteau écrit à leur propos : « L’exposition est de premier ordre. Un grand nombre d’images d’un Paris tout nu, écorché vif, lavé des hommes. La preuve qu’un peintre est un peintre, c’est lorsque tout se met à ressembler à sa peinture. Après notre visite chez David (le soir tombait), je voyais la ville avec l’œil de Bernard. »

Muséum

Squelettes de poissons, insectes épinglés et oiseaux empaillés sont alignés en une multitude de portraits, révélant l’inclinaison durable du peintre pour les sciences naturelles.

« La passion des insectes m’a pris quand je suis entré en sixième au lycée Carnot à Paris. Je la dois à mon professeur de sciences, Jean Roy ; le jeudi, il m’emmenait au Muséum d’Histoire naturelle ». Il réitère dans ses toiles des compositions antérieures, à la fois géométriques et épurées, où les animaux sont strictement circonscrits par les dimensions des châssis. L’attachement plus général de Buffet à la peinture animalière, esquissé dès son exposition Bestiaire à la galerie Visconti en 1954, durera jusqu’à la fin de sa vie.

Oiseaux

En février 1960, le public vient nombreux à la galerie David et Garnier voir l’exposition des Oiseaux. Sept peintures de format monumental réinterprètent d’une manière agressive et osée le thème de Léda et le Cygne.

Le caractère souvent syncrétique des peintures de Bernard Buffet s’exprime dans ces œuvres où se mêlent son goût pour les sciences naturelles détaillant précisément chaque espèce (chouette, faisan, héron), un arrière-plan avec les paysages graphiques de Haute-Provence tels qu’il les représente depuis dix ans, des différences d’échelles empruntées aux canons de l’art médiéval ainsi que des références mythologiques. Si certains ont identifié dans ces scènes un mélange de cynisme et de fantastique, l’exposition connut un succès de scandale, des visiteurs ayant porté plainte pour outrage aux bonnes mœurs.

Écorchés

En 1965, Buffet présente une vingtaine de monumentaux Écorchés. Il ne respecte pas les structures anatomiques classiquement représentées dans les livres de sciences naturelles, mais transforme les corps en êtres hallucinés.

Dans un gigantisme qui élimine l’anecdote, il dépouille ses figures de tout accessoire et de toute identité. Dans ces tableaux, il abandonne l’habituel cerne noir pour explorer la couleur et la matière, deux aspects dont on souligne rarement la qualité. Les tons incandescents sont un premier choc ; du rouge sang au jaune soufre, l’artiste empâte ses couleurs pour balafrer la chair. Cette présence physique s’oppose à l’anonymat des figures, au point qu’il advient un langage autonome. Ces œuvres ont soulevé, alors, l’indignation d’une partie de la critique qui n’y voit qu’une tentative facile de scandaliser le public.

La corrida

Grand amateur de corridas, Buffet choisit de consacrer les sept peintures de son exposition de 1967 à ce thème. Comme à son habitude, il choisit précisément différentes phases de ce spectacle qu’il détaille (essai de cape, pose des banderilles, mise à mort).

Si toutes les peintures ont pour objet central la figure du taureau noir, symboliquement sanglant et marqué au fer rouge des initiales de Bernard Buffet, la scène est avant tout prétexte à une luxuriance de couleurs, un choc entre des tonalités de rose, de vermillon, de vert et d’indigo. Buffet élève ce cérémonial qu’il trouvait « d’une beauté religieuse » au rang de la peinture d’histoire faisant appel à des schémas de composition anciens. Ainsi, selon un rythme et un ordre rappelant l’art roman, les personnages grandeur nature sont organisés en différents plans, en buste, en pied. Leur hiératisme et leurs visages figés contrastent étrangement avec leurs costumes bigarrés.

Femmes déshabillées

L’exposition de l’année 1966 diffère assez fortement de la précédente. Les couleurs incandescentes des Écorchés ont, cette fois, laissé la place à des figures féminines monumentales, inexpressives, blanches. Elles sont rehaussées de gris-beige ou bleuté, sur un fond noir.

La rigueur géométrique des lignes qui enserrent leurs formes est déroutante, et confère à ces femmes une indéniable valeur plastique pure, bien que l’artiste se défende de toute tendance abstraite. Autre paradoxe de cette peinture : faire jouer le rôle utilitaire de porte-objets de désir à des Olympias, Eves médiévales (Cocteau) ou Trois Grâces. À sa manière, Bernard Buffet portraiture la femme moderne et déshumanisée des affiches publicitaires des années 60. Jamais il ne fut plus proche de l’image de la femme diffusée dans les assemblages des pop artistes et dans les films de Jean-Luc Godard.

Section III : Mythologies – 1977 – 1999 / L’exil

Gang, 1997. Huile sur toile (81 x 116 cm)

Gang, 1997. Huile sur toile (81 x 116 cm)

L ‘Enfer de Dante

En 1977, surprenant le public après trois années de peintures de paysage, Bernard Buffet renoue avec les grands thèmes en présentant L’Enfer de Dante. Il revient donc, dans une position très consciente, défendre le maintien de la narration dans la peinture.

Par le biais de grandes séquences monumentales issues de ses lectures de jeunesse, il entremêle en plusieurs séries mythes, éléments autobiographiques et histoire de la peinture. Les héros qu’il choisit de dépeindre, Dante l’exilé ou Nemo le reclus volontaire, sont des autoportraits. Convoquant Caspar David Friedrich, Eugène Delacroix, François Clouet ou Léonard de Vinci, il renouvelle son style à chaque présentation annuelle : L’Enfer de Dante reprend la manière graphique de ses débuts, Vingt mille lieues sous les mer ou l’illustration du 19ème siècle.

 Terroristes

L’ensemble des Terroristes s’enracine dans la production parfois très violente de l’artiste qui se penche avec récurrence sur le thème de la guerre et son absurdité sacrificielle.

Ces tableaux de chevalet ne s’affilient cependant, pas à la peinture d’histoire ; ils offrent un cadrage nouveau qui ne laisse entrevoir que les jambes, les mains ou les visages masqués de terroristes qui gardent un anonymat de circonstance. Le point focal se situe davantage dans le recensement minutieux de l’attirail des criminels, cibles, pistolets- mitrailleurs et armes de poing, déclinés comme autant de natures mortes. Cependant, la violence du sujet n’est pas exempte d’un certain humour noir. Cette ironie, affranchie de toute revendication pacifiste, est véhiculée par les titres des œuvres et leur exécution proche de la bande dessinée. Ironie toujours, si l’on songe à la réception du travail de Buffet qui, s’estimant victime d’un terrorisme culturel, décide de placer lui-même des cibles sur ses œuvres offertes à la critique assassine.

Singes

Le vernissage de l’exposition Mes singes en février 1999 est le dernier auquel Buffet assiste. Le peintre propose à travers plusieurs dizaines de toiles une nomenclature simiesque (chimpanzé, gorille, orang-outan, macaque, etc.).

Ceci se révèle être une galerie de portraits habités d’un sentiment de tristesse ou de déception, rappelant les figures de clowns. Étrangement humains, ils posent eux- mêmes un regard sur le spectateur, revisitant ainsi les singeries de Chardin. Des références auxquelles s’oppose une facture caractéristique des dernières productions de l’artiste. Tous sont soumis à la même économie de couleurs (gris, blanc, ocre et noir). La peinture est tantôt travaillée au doigt, tantôt avec le manche du pinceau.

L’Ange de la guerre, 1954. Huile sur toile (265 x 685 cm)

L’Ange de la guerre, 1954. Huile sur toile (265 x 685 cm)

NOTRE AVIS

Une exposition tant attendue

On avait presque fini par croire que cette exposition ne serait jamais réalisée. Du moins sur le plan parisien et dans le cadre d’une grande institution muséale. Mais Fabrice Hergott a finalement fait le job pour le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, pendant que Pierre Bergé mettait enfin la pédale douce. Il avait partagé la vie de Bernard Buffet, dans sa jeunesse et, après leur séparation, il n’avait jamais cessé, pendant de longues années, de s’acharner sur la production de Bernard Buffet qu’il jugeait indigne, en tout cas à ses yeux. Mais, le jour du vernissage, lors d’un premier cocktail privé, Pierre Bergé, émouvant sur chaise roulante, car désormais atteint de myopathie, se livra à une sorte de coming out, adoucissant considérablement ses propos habituels, pour rendre hommage à Bernard Buffet, dans le cadre de cette rétrospective qui, selon Nicolas Buffet – fils et ayant droit de Bernard Buffet – aurait pu être déployée dans le double de la surface disponible. Il aura donc fallu faire des choix pour montrer toute l’importance de Bernard Buffet dans la peinture française de la deuxième partie du 20ème siècle. Avec, en première option, celle d’un parcours rigoureusement chronologique.

 L’audace de la composition

Avant de franchir la porte d’entrée, nous attardons devant un magnifique tableau, placé dans le hall. Il s’agit de La corrida, daté 1966. C’est peut-être à ce moment-là que Bernard Buffet est à l’apogée de son style. Le regretté Benjamin Auger a posé en torero pour cette « photo de famille » qui inclut le taureau percé de banderilles. Le temps s’est arrêté. Il y a comme un ange qui passe. Le spectacle peut commencer. Dans la première partie, certains tableaux dominent comme cette Déposition de croix, datée 1946. Puis audace du nu pour Deux hommes dans une chambre (1947), précédant Vacances en Vaucluse (1950). Frontalité dénudée de sa liaison avec Pierre Bergé. L’audace de la composition pour La Crucifixion (1951) ou le caractère ambigu de sa réinterprétation des Trois Grâces en Femmes à leur toilette (Trois femmes) (1953) posent Bernard Buffet en tant que peintre majeur. Ceci avant le choc des trois grandes compositions pour la série Horreur de la guerre (1984). L’ange de la guerre avec femme au-dessus du charnier, l’imploration inutile d’une femme pour Les pendus, les poteaux d’exécution pour Les Fusillés. Toute la barbarie du monde en trois toiles de 6m de largeur. On ressort tétanisé de la salle dédiée.

Animal, on est mal

Autre tableau majeur, comme une transition, Le Rhinocéros, 1955. Souffrance de l’animal mis en cage. Nous passons alors le couloir consacré à la documentation et à son œuvre au trait. Retour vers des scènes d’atelier, avec un autre choc, celui de la série des Oiseaux (1959) avec L’oiseau rouge immobile au-dessus d’une femme impudique, La chouette veillant cette même femme impudique. Interpellation. Surgit alors Le bélier (1960) qui annonce Le Petit-Duc (1969), Le papillon (1962) ou le Longicorne rouge (1963). Bernard Buffet en remarquable peintre animalier. Autre choc, celui des Écorchés (1964). Visages hiératiques débarrassés de leur chair. L’un d’entre eux aurait pu être choisi en tant qu’affiche de l’exposition, mais reculade, au final. L’exposition peut continuer avec l’imposante série de L’enfer de Dante (1976), puis celle de Vingt mille lieux sous les mers (1889). Nous nous dirigeons vers la fin de ce périple pictural. Sont évoquées, les séries « japonaises », celle des singes et plus en évidence celle prémonitoire des Terroristes (1997). Bernard Buffet a bouclé sa boucle. Les trois rigolos répond à Nature morte au revolver peint en 1959. Ite missa est !

Bernard Buffet. Rétrospective.
Exposition temporaire jusqu’au 26 février 2017. Musée d’Art moderne de la Ville de Paris, 11, avenue du Président Wilson, 75116 Paris. Ouverture du mardi au dimanche et de 10 h à 18 h. Nocturne le jeudi jusqu’à 22h. Entrée : 12 €. Tél : 01 53 67 40 00. Site Web : mam.paris.fr

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